Evolution du jeu vidéo en France – fin

Fin de niotre dossier spécial “jeu video en France” : partie 1 et partie 2 ici

jeu vidéo : l’élaboration d’un Nouvel Art

Tous ces acteurs du média aidés par les nouvelles technologies offertes par les machines 128 bits et Nouvelle Génération ont la possibilité de programmer des choses spectaculaires. Leurs projets insèrent progressivement des éléments appartenant au monde du cinéma. Les développeurs narrent leur histoire de la même façon que les grosses productions hollywoodiennes, les références fusent dans les jeux allant d’un simple clin d’œil au copier-coller. Ce rapprochement est également visible auprès des films à gros budget remplis d’effet spéciaux ou de scène en CG que l’on retrouve dans les cut-scenes dans les jeux vidéo actuellement.

D’ailleurs, le nombre d’adaptation de jeux vidéo en film sont nombreuses à savoir Wow , Resident Evil, Mario bross, Silent Hill, Prince Of Persia, Far Cry, King Kong . Oui, vous avec bien lu, le King Kong de Peter Jackson a d’abord été produit en jeu puis en film. C’est d’ailleurs Michel Ancel qui a réalisé le jeu vidéo permettant à Peter Jackson de mieux abordé son film alors en pré production, bien sûr, il s’agit d’une commande de la part d’Universal. Il existe un autre cas similaire comme celui de Van Helsing de Stephen Sommers où on ne sait pas si le film est l’adaptation du jeu ou inversement.

Les jeux Ubisoft

Il n’empêche qu’Ubisoft développe l’une des meilleures adaptations du genre en proposant un jeu de tir à la première personne (FPS)-Action immersif par l’absence d’inventaire, de jauge de vie dans une jungle luxuriante où y règne tous les dangers. Pour un premier titre HD d’un studio, l’équipe s’en tire à merveille en projetant le joueur dans la peau de Jack et de King Kong dans moults décors parfaitement modélisés affrontant des hordes de créatures préhistorique qui le sont tout autant. Le tandem Ancel-Jackson s’en sort à merveille et prouve qu’avec l’aide de l’équipe de réalisation, il est possible de faire de bonnes adaptations de films en jeu. Les avancées technologiques permettent le rapprochement entre les deux médias. Chez Quantic Dream ce lien en est devenu un leitmotiv, David Cage, PDG du studio, propose en 2006, Fahrenheit, thriller interactif à la sauce hollywoodienne. Fahrenheit va plus loin qu’un simple jeu d’enquête car il nous propose d’incarner à tour de rôle les enquêteurs et le tueur en cavale. Seul bémol, c’est que malgré le pénal de choix d’action, tous les changements de parcours se rejoignent sur un même point dans l’intrigue, la liberté offerte n’est qu’illusoire mais ce n’est pas pour autant que l’aventure est déplaisante. Le réalisateur suscite auprès du joueur de par le gameplay et son game design la possibilité de provoquer des émotions.

Cet exercice porte ses fruits et Quantic Dream va plus loin en 2010 en sortant Heavy Rain sur PS3. Il s’agit encore d’une fois d’un polar sombre et interactif où l’aspect cinématographique est plus pesant. Quantic Dream reprend le même gameplay que Fahrenheit en l’agrémentant de quelques fonctions supplémentaires et ajoutant un grand nombre de références à des œuvres cinématographique que ce soit au point de vue du scénario ou dans la confection des décors. La force de ce jeu-film est sa finesse, sa direction artistique de toute beauté, sa riche narration complexe. Quantic Dream a su mettre la barre très haute pour prouver qu’à présent le cinéma et le jeu vidéo peuvent s’inspirer mutuellement. Il n’empêche que le monde du jeu vidéo y parvient nettement mieux alors que les films, eux, se cassent la figure monumentalement. Les équipes françaises ont bien compris que le jeu vidéo peut être à présent un média convergeant rassemblant en son sein bon nombre d’activités artistiques différentes capables de faire passer des émotions. L’un des créateurs français à l’avoir bien compris est Eric Viennot en concevant son In Memoriam, jeu hybride, en mélangeant jeu, cinéma et internet. Le joueur est le héros du jeu dans ce titre d’investigation à la recherche de personnes enlevées par le Phoenix, tueur en série sordide qui a mis en place un jeu de pistes où seul les meilleurs pourront retrouver les victimes. Les indices sont cachés dans des faux et vrais sites internet poussant le joueur à bout pour mener à bien l’enquête. Internet se trouve être votre meilleur allié dans cette sombre histoire. Les cut-scenes ne sont pas en CG mais jouées par des acteurs dans de très bonnes mises en scène, Lexis Numérique a réalisé un bon travail de montage pour bien savoir où placer ces séquences.

Bien qu’In Memoriam soit antérieur à Heavy Rain, Eric Viennot est parfaitement parvenu à impliquer le joueur dans cette histoire d’enlèvement. Ce soucis de produire des émotions auprès des joueurs entre dans le cadre d’une quête identitaire du média qui a du mal à trouver sa place auprès d’un public qui dénigre ce milieu qui n’y voit qu’un moyen de diffusé auprès des jeunes des images les plus violentes qu’il soit. Auprès des concepteurs, certains ne partagent pas ce point de vue car ils estiment que le jeu vidéo n’est qu’un outil de distraction est qu’il est impossible qu’il puisse susciter autant d’émotions qu’un film, un évènement sportif ou toute autre discipline artistique. Certains de ses créateurs préfèrent faire des jeux plus simples, montés par des équipes microscopiques de cinq personnes alors qu’actuellement une production moyenne est composée d’environ cinquante à deux cent personnes. Ce sont des concepteurs plus proches du noyau original pour proposer des expériences novatrices bourrées d’idées fraîches, très loin des attentes purement commerciales des éditeurs.

Un jeu vidéo alternatif

Ces studios alternatifs s’appellent Nadéo et Mekensleep, le premier est bien connu par les professionnels et le second moins bien. Leur point commun est d’être de petites cellules de concepteurs. Nadéo est le créateur de Trackmania, jeu de courses d’une jouabilité relativement simple connu pour la possibilité de créer ses propres circuits, véhicules et de les échanger alors que d’autres studios auraient opté pour la création de paquets de circuits et de véhicules sous forme de DLC moyennant quelques écus. Ainsi circule sur la toile plus d’un million de circuits et des centaines de milliers de voitures alors que les créateurs n’en avaient fait que cinq. On pourrait le comparer au Facebook du jeu vidéo avant l’heure. L’édition libre de circuits et de véhicules par les joueurs n’inquiète pas les concepteurs car leur objectif est de simplement montrer les possibilités de leur moteur graphique.

Les joueurs sont alors libres de modifier à leur guise leur jeu, imaginer la même chose pour Call Of Duty ou Assassin‘s Creed avec un éditeur d’armes et d’objets. Si ce mode de contribution se propage, les développeurs vendraient des jeux quasi-inachevés pour laisser libre-court à l’imagination des joueurs pour créer leur jeu idéal. Ca serait la même chose que Linux dans le monde de l’informatique.

Dans la même catégorie de développeurs indépendants à petits moyens, il existe Mekensleep, studio de la même taille qui a su profiter des conseils de Frédéric Raynal pour le développement de Soul Bubbles sur DS, jeu entrant dans la catégorie Casual Games. Le concept est simple, il suffit de déplacer des âmes errantes enfermées dans des bulles à travers une série de niveau. Le stylet sert à changer la dimension des bulles ou de les diviser pour achever le jeu. Leur impératif est la conception expérimentale de projets originaux même si leurs recherches peuvent durer des années avant de créer quelque chose d’efficace. Mekensleep est classé comme jeune entreprise innovante. L’innovation n’est toutefois plus suffisante pour que le jeu soit plus connu auprès d’un public formaté toujours plus grandissant.

Conclusion

Les créateurs français sont des personnes soucieuses d’offrir au public des jeux inédits. Qu’importe le risque, ils vont jusqu’au bout malgré les inquiétudes des éditeurs qui ne voient pas dans ces projets la possibilité de s’enrichir. Certains peuvent être perçus comme des théoriciens qui étudient toutes les facettes de ce que peut être un jeu vidéo. Grâce aux avancées technologiques, ils s’emploient à élaborer un langage narratif propre à ce média. Ce qui implique un fort rapprochement au cinéma avec des mises en scène équivalentes aux grosses productions hollywoodiennes, poussées par la détermination de certains créateurs de faire jaillir des émotions auprès des joueurs. Néanmoins, certains rejettent cette voie, préférant suivre la leur, bien plus proche du modèle de développement des jeux vidéo à l’origine avec des équipes microscopiques qui veulent innover à leur manière sans avoir besoin de budget de plusieurs millions, bien que cette catégorie de développeurs reste méconnus du public concerné.

Un certain nombre de ces créateurs souhaitent faire du jeu vidéo un nouvel art propre avec ses propres codes, alors que pour leurs détracteurs ce média ne fait que concentrer un maximum d’autres arts. Pourtant, depuis 2007 le ministère de la culture a décerné le titre de chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres à des concepteurs de jeu vidéo. Cet évènement prouve que le jeu vidéo est de nos jours mieux estimé, mais ça n’aurait pas pu être sans eux.