histoire des MMO : quand Mickey dérape

En 2008 La fermeture d’un des univers virtuels Disney provoque une mobilisation jamais vue chez les joueurs – et une déception parfois bouleversante chez les enfants. Une leçon pour l’industrie MMO et, en particulier, pour le géant : une communauté n’est pas un produit.

Virtual Magic Kingdom est, comme son nom l’indique, une recréation numérique des parcs d’attraction Disney principalement destinée aux 8-14 ans. Au sein de celle-ci, les jeunes joueurs (et les moins jeunes) peuvent discuter entre eux, participer à des activités et à des mini-jeux, ainsi que décorer leur espace personnel à l’aide d’objets divers obtenus via achat ou quêtes. Le titre, lancé mi-2005 à l’occasion du 50ème anniversaire de Disneyland, était au départ conçu comme une promotion temporaire, un MMO gratuit dont la durée de vie était estimée aux alentours des dix-huit mois. Succès oblige, le titre a continué à tourner jusqu’à aujourd’hui – mais plus pour très longtemps : il y a quelques jours, Disney a annoncé la fermeture prochaine des serveurs le 21 mai prochain. Dans une lettre adressée la semaine dernière aux joueurs, le groupe rappelle qu’il n’avait “jamais été prévu que Virtual Magic Kingdom tourne pour toujours” et invite les utilisateurs à migrer vers les autres univers virtuels de la société tels que Pirates des Caraïbes Online ou Club Penguin.

La logique de Disney est limpide. Les célébrations du 50ème anniversaire étant terminées depuis belle lurette, et VMK étant en grande partie gratuit, les perspectives de retour sur investissement pour la société sur ce projet particulier sont désormais nulles, voire négatives. A l’inverse, il avait été révélé en début d’année que le groupe s’apprêtait à dépenser jusqu’à 100 millions de dollars pour la création de dix nouveaux univers virtuels. Parmi ceux-ci, Cars Online, censé à terme faire le lien avec l’arrivée de nouvelles attractions basés sur le film d’animation de Pixar dans les parcs. Déjà disponible, Pixie Hollow, lui, est entre autres chargé de soutenir la marque Disney Fairies et, en particulier, la série de jouets associée ainsi que la sortie prochaine du film Tinker Bell, centré autour des nouvelles aventures de la petite fée de Peter Pan.

Pour les fans de Virtual Magic Kingdom, peu intéressés par la stratégie économique du groupe, les explications de Disney ne représentent évidemment qu’une piètre consolation. A ce sujet, l’aspect le plus intéressant de cette affaire est certainement la mobilisation record des joueurs, bien décidés à faire revenir le géant sur sa décision grâce à une véritable guérilla média d’une intensité rare dans le monde du MMO. Allant bien plus loin que les habituels messages désabusés et les grosses colères qui accompagnent généralement la fermeture d’un univers virtuel, l’équipe prend d’assaut les sections commentaires de sites professionnels tels que killthatcheerleader , (proche de Gamasutra) ou levelbar.net  , recopiant de longs témoignages de mères ayant vu leurs fils ou filles pleurer suite à l’annonce, ou d’enfants atteints de cancers ou d’autisme ayant trouvé le réconfort dans le Disneyland virtuel. La supplique d’une petite fille de 11 ans, atteinte d’atrophie musculaire et fan de Virtual Magic Kingdom parce que “personne ne l’y regarde bizarrement,” est en particulier reprise par Next Generation ou Raph Koster. Partout, on pointe Disney du doigt : en quelques jours, Mickey l’ami de tous s’est transformé en Picsou, le grippe-sou qui arrache leur jouet préféré aux enfants malades.

Beaucoup tirent les leçons d’un tel échec marketing. Next Generation y voit “un avertissement sur la manière de gérer les communautés MMO destinées aux enfants.” Certains reprochent en particulier à Disney de n’avoir pas su s’adapter au succès du titre en, par exemple, passant à un modèle d’abonnement payant, une solution que Mattel a récemment adoptée pour son univers virtuel BarbieGirls.com. D’autres estiment que la société a confondu produit et communauté, une erreur qui renvoie, une fois de plus, à l’éternelle question de la valeur du virtuel, mise récemment en avant par le reboot de Shadowbane. Il y a une réalité quand vous décidez de lancer une communauté en ligne, et c’est qu’à un moment, celle-ci se développe au point de devenir la responsabilité du créateur,” estime John Frost, rédacteur du Disney Blog. Malgré tout, le groupe ne semble pas avoir l’intention de plier. Dans deux messages adressés aux joueurs depuis l’annonce, celui-ci se dit “touché” par les témoignages mais confirme ses plans de fermeture. Mais les fans, eux, ne baissent pas les bras. “Ne soyez pas découragés par leur réponse, car personne n’attendait d’eux qu’ils capitulent immédiatement, rassure l’un des activistes du site VMKMagic. [Cet email prouve qu']ils commencent à étudier les réactions et que ça les fait réfléchir. C’est le moment de contre-attaquer avec PLUS d’emails et PLUS de signatures.”

About ivy12