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Le
détail jouit d’une belle
publicité actuellement selon Albert Piette .
Pourtant sa pleine efficacité est
tronquée depuis longtemps, entre son exclusion par le
« classicisme » qui le juge comme pollution,
impureté, et son intégration dans la
pensée moderne totalisante qui le conserve en tant que
sublimation. Bien que relevant d’un « paradigme
indiciaire » toujours présent dans
l’histoire humaine, le détail n’a pas
obtenu de dignité dans les sciences de l’homme au
XXe siècle : les sciences sociales ont largement suivi un
modèle holiste et naturaliste d’explication du
social. La sociologie classique en effet, s’attache
à « des types
généraux et des hommes moyens, analyse la
régularité et la pertinence, vise
l’actualité et la
spécificité, se focalise sur la
rationalité et le bon sens ». Ce traitement du
détail « c’est
la loi, quelque peu ironique, de la science :
l’intelligibilité aux dépends du
réel » .
Une
troisième voie se propose aujourd’hui de
démystifier cette utilisation en donnant à voir
que le détail est dépositaire de
l’effet d’humanité, dimension que se
sont données pour objet des méthodes des sciences
humaines telles l’ethnologie, l’interactionnisme et
la kinésie mais qui l’arriment un peu trop souvent
à leurs cadres cognitifs. C’est
l’histoire du détail « sans
importance » qui doit s’ouvrir dès lors
pour retrouver « l’homme »
social (qui ploie sous les couches de la représentation :
individu, acteur, sujet, personne, citoyen...). C’est le mode
mineur de la réalité qui distingue simplement
l’humain « des bêtes et des machines
», du simple bâillement, à
l’inattention de celui qui ne participe pas à la
fête, des multiples imprévus d’une
situation jusqu'à
l’à-côté de la
scène principale, des conversations anodines...Pourquoi ne
pas redonner toute leur dimension aux détails ? Au nom de
quoi sont-ils des détails ?
La
photographie, comme le détail
qu’elle protège, peut enfin prétendre
à quelque chose qui ne
serait pas accessoire dans les sciences humaines. Par delà,
c’est
même l’image qui est ainsi
réhabilitée dans la connaissance.
Pour A. Piette en effet, c’est le meilleur moyen de restituer
et de
traiter le « mode mineur de la
réalité » . Deux
arguments à cela : « d’abord
parce qu’elle offre une force représentationnelle
face aux
exigences de la complexité de la vie sociale et par rapport
à
l’inadéquation de l’écriture
(...). Le deuxième argument est
la capacité de la photographie d’enregistrer la
réalité et en
particulier sa capacité à attirer
l’attention sur les détails
constitutifs d’une modalité non encore
étudiée de la vie
sociale » .
Ensuite, la lecture de cette photographie de travail est fort simple
mais ô combien riche, offrant une nouvelle dimension
à la
connaissance :
-
comprendre du premier regard,
nécessairement culturel, la scène ou situation
représentée sur la
photo,
- poser
un papier
calque sur la photo et tracer les contours des
éléments essentiels
que l’on repéré tout à
l’heure ; puis repérer ce qui
reste comme éléments que l’on peu juger
important et les entourer
d’un trait de crayon moins fort, etc de façon
décroissante...
jusqu'à constituer des silhouettes qui normalement auraient
du aller
du plus important au détail mais qui maintenant vont prendre
une
autre tournure : il faut interroger les
silhouettes crées,
au niveau d’une
« proxématique » ou de
codes
« somatotactiques », pour faire
apparaître « des
données importantes sur la complexité et la
vulnérabilité
ethnographique d’une situation » à
partir des renseignements sur la position interpersonnels, les
mouvements interindividuels, l’intensité de
l’engagement, les
gestes, mouvements du corps, types de regard...
-
enfin, revenir un peu en
arrière, dans la position où on avait
découvert la scène sur la
photo et comparer ce que l’on avait alors trouvé
essentiel avec ce
qui vient d’émerger du
« détail ».
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